top of page

Référentiel national qualité accueil jeune enfant 2025 : analyse critique et impact sur les pratiques professionnelles

22 sept. 2025
15 min de lecture

Un nouveau cadre de référence qui divise les professionnels de la petite enfance


Le référentiel national de la qualité d'accueil du jeune enfant 2025, publié en avril par le ministère des Solidarités et des Familles, suscite de vifs débats dans le secteur de la petite enfance. Ce document de référence, fruit d'une consultation de près de 2 000 acteurs du terrain, vise à harmoniser les pratiques d'accueil collectif et individuel pour les enfants de 0 à 3 ans.


Les enjeux majeurs du nouveau référentiel petite enfance


Cette nouvelle charte qualité petite enfance dit s'appuyer sur les dernières recherches en neurosciences et psychologie du développement pour proposer des pratiques professionnelles repensées. Le référentiel 2025 met l'accent sur :

  • La sécurité affective comme méta-besoin de l'enfant

  • L'observation professionnelle systématisée

  • Le repérage précoce des troubles du neurodéveloppement

  • L'accompagnement bienveillant des émotions de l'enfant

  • La coéducation renforcée avec les parents


Pourquoi ce référentiel fait-il débat ?


Bien qu'à priori basé sur des fondements scientifiques, ce nouveau cadre réglementaire petite enfance soulève des questions pratiques cruciales :

  • Les défis d'application : Comment mettre en œuvre ces recommandations avec les contraintes actuelles de moyens humains et financiers ?

  • L'évolution des métiers : Quelles sont les implications pour la formation des professionnels petite enfance et l'évolution des pratiques ?

  • L'inclusion et l'équité : Le référentiel répond-il aux besoins de tous les enfants et familles, notamment les plus vulnérables ?

  • Une théorie éloignée de la réalité du terrain : Les dogmes de la pédagogie positive, dite bienveillante, poussée à l'extrême peut amener à des dérives. Certains enfants n'ont plus de cadre et de nombreuses professionnelles de la petite enfance se sentent démunies face à leurs comportements.


Un outil de référence à double tranchant


Si ce guide pratique crèche et assistantes maternelles apporte des clarifications bienvenues sur les bonnes pratiques d'accueil, il génère aussi des inquiétudes chez les professionnels concernant :

  • L'applicabilité concrète des recommandations

  • L'impact sur l'organisation du travail

  • Les besoins en formation et accompagnement

  • Les ressources nécessaires à la mise en œuvre

  • Les impacts sur l'éducation


Mon analyse équilibrée du conflit

Dans cet article, nous disséquons cette controverse éducative en analysant point par point ce qui peut faire débat dans ce référentiel petite enfance. Je prendrai des extraits qui sont régulièrement cités ou remis en question pour apporter mon point de vue. Selon moi, les idées du document peuvent mener, pour la plupart, vers des pratiques plus respectueuses des besoins de l'enfant, mais il manque de précisions avec des cas pratiques présentés pourtant très spécifiques.


Plongez dans cette analyse critique qui vous donnera les clés pour naviguer entre l'avis de la psychologue Caroline Goldman et les "bisounours" de l'éducation positive.


La critique du référentiel petite enfance 2025 point par point


Quand le référentiel rencontre le mur de la réalité financière


Extrait 1 du référentiel petite enfance
Extrait 1 du référentiel petite enfance

Le nouveau référentiel 2025 place la disponibilité des professionnels au cœur de ses recommandations. Les professionnels font preuve de compétences socio-émotionnelles et développent leurs propres capacités d'empathie pour identifier les besoins exprimés par chaque émotion de l'enfant, stipule le document officiel. Plus loin, il précise que les adultes sont pleinement disponibles pour répondre aux sollicitations des enfants.

Cette vision idyllique se heurte brutalement à une réalité de terrain que connaissent bien les professionnelles : la pénurie chronique de personnel.


Des témoignages accablants qui contredisent le référentiel


Karine, ancienne auxiliaire de puériculture témoigne dans Les Pros de la Petite Enfance : "Le travail à la crèche municipale devenait l'usine. On accueillait de plus en plus d'enfants mais nous n'étions pas forcément plus nombreuses. Chez les grands, il y avait environ 25 enfants pour 4 auxiliaires de puériculture et dans les autres sections, 16 ou 17 enfants pour 2."


L'expression des émotions : quand la bienveillance devient-elle du laxisme ?


Un pilier central qui divise les professionnels


Extrait 2 : référentiel petite enfance
Extrait 2 : référentiel petite enfance

Le référentiel 2025 érige l'empathie de l'adulte comme fondement absolu de l'accueil. Dans la section "Les besoins fondamentaux de l'enfant", il stipule que l'adulte doit avoir "sa capacité à reconnaître et à comprendre les émotions de l'enfant, à ne pas les rejeter, ni les banaliser, à y répondre de façon adaptée et à autoriser l'expression de ces émotions." Cette approche, louable dans son intention, soulève une question cruciale : jusqu'où doit aller cette "autorisation" ?

La notion d'"expression autorisée" reste imprécise. Un enfant qui tape, mord, casse des objets dans sa colère "exprime" ses émotions. Le référentiel doit-il tolérer ces comportements au nom de l'expression émotionnelle ? Nous allons détailler cela ensemble en découvrant la suite.


Les premières pages du référentiel petite enfance sont pleines de bon sens


Sur les pages 13 à 25 reviennent sur les besoins de considération et de contact des enfants, la notion de référence et offrent des conseils pour l'adaptation ou familiarisation avec le mode de garde du tout-petit ou sur la gestion des objets transitionnels (doudous) et autres tétines et enfin sur l'observation professionnelle. Je vous partage d'ailleurs un extrait qui me semble plein de bons sens sur ce thème.


Extrait 3 : référentiel petite enfance
Extrait 3 : référentiel petite enfance

Le référentiel 2025 confie ensuite aux professionnels de la petite enfance un rôle central dans le repérage précoce des troubles du neurodéveloppement et du handicap, tout en précisant qu'ils ne peuvent pas poser de diagnostic médical.


Les professionnels doivent observer les enfants, utiliser des grilles de repérage spécialisées (comme le M-CHAT pour l'autisme) et collaborer avec les parents à chaque étape du processus.


Le document insiste sur l'importance d'un accompagnement graduel des familles, depuis les premiers signes inquiétants jusqu'à l'orientation vers des professionnels de santé qualifiés.


Les professionnels ne doivent jamais employer de termes diagnostiques ("autiste", "hyperactif") auprès des parents sans diagnostic médical établi.

Le référentiel prévoit un accompagnement pluridisciplinaire (psychologue, psychomotricien, RSAI, PMI) pour soutenir les professionnels dans cette mission délicate de repérage et de communication avec les familles.


Les passages du référentiel petite enfance qui font débat


Extrait 4 : référentiel petite enfance
Extrait 4 : référentiel petite enfance

Le deuxième point du chapitre sur les émotions suscite le premier véritable débat. Le chapitre débute par cette affirmation : "Le jeune enfant n'est pas en mesure de réguler seul ses émotions du fait de l'immaturité de son cerveau. Il ne peut pas se raisonner lorsqu'un état d'alerte suscite chez lui des « tempêtes émotionnelles ». En cas d'émotion forte, l'enfant peut crier et avoir des gestes impulsifs."


Si ce constat neurologique est exact, la formulation "sans chercher à empêcher l'expression de ces émotions" prête à confusion. C'est précisément en aidant l'enfant à comprendre que certains comportements sont déplacés, même quand l'émotion est légitime, qu'il apprendra progressivement à se réguler.


L'ambiguïté devient problématique avec cette recommandation : "Quelle que soit l'émotion qui anime l'enfant (joie, peur, colère, agacement, tristesse...), son expression est favorisée par l'adulte et non empêchée." Cette invitation à laisser les enfants extérioriser toutes leurs émotions sans limite peut créer des situations ingérables :

  • Un enfant exprime sa joie en criant pendant la sieste des autres : ne doit-on pas l'inviter à moduler son expression ?

  • Un enfant en colère mord son camarade : l'adulte doit intervenir fermement et immédiatement pour signifier que ce comportement est inacceptable, tout en validant l'émotion sous-jacente.


Le référentiel interdit ensuite aux professionnels de dire "calme-toi", de minimiser les émotions ou de gronder un enfant qui crie. Or, il est indispensable de faire comprendre à l'enfant que hurler n'est pas acceptable en collectivité, par le regard et les mots. Les tout-petits peuvent réagir de façon disproportionnée : on ne traite pas identiquement des cris liés à une dispute de jouet et ceux consécutifs à une agression.


Concernant la diversion, le référentiel suggère de "détourner l'attention de l'enfant pour atténuer l'intensité de l'émotion." Mais cette stratégie, utilisée systématiquement, empêche l'enfant de développer ses propres outils d'autorégulation. Il est crucial de revenir sur l'événement une fois la crise apaisée pour proposer des alternatives comportementales et de ne pas utiliser constamment la diversion.


Enfin, la recommandation de "se mettre à l'écart avec l'enfant" révèle une méconnaissance du terrain. Dans la réalité, le taux d'encadrement permet rarement qu'un adulte se consacre exclusivement à un enfant en crise. Et que font les assistantes maternelles seules à leur domicile ?


Plus fondamentalement, cette approche ne risque-t-elle pas d'envoyer le message : "Fais une grosse crise pour obtenir l'attention exclusive d'un adulte" ? Les jeunes enfants recherchent instinctivement l'attention, même négative. Parfois, laisser un enfant s'apaiser seul dans un espace sécurisé - le fameux "time out" de Caroline Goldman - s'avère plus efficace, tout en permettant aux autres enfants de bénéficier de l'attention qu'ils méritent aussi.


Une confusion juridique préoccupante qui paralyse les professionnels


Extrait 5 : référentiel petite enfance
Extrait 5 : référentiel petite enfance

Le référentiel entretient une confusion dangereuse entre ce qui est légalement interdit et ce qui relève de pratiques éducatives légitimes. En France, la loi du 10 juillet 2019 interdit les violences éducatives ordinaires - soit les châtiments corporels (fessées, gifles) et les violences verbales (humiliations, cris). Elle ne prohibe nullement l'éducation ferme, les règles claires ou les sanctions non violentes.


Or, le référentiel amalgame dans un même rejet "punitions, paroles dévalorisantes, coin, isolement" en les qualifiant toutes de "pratiques maltraitantes". Cette formulation alarmiste risque de faire croire aux professionnels qu'ils s'exposent à des sanctions légales dès qu'ils posent un cadre ferme ou imposent une conséquence éducative.


Le danger de cette approche ? Paralyser les professionnels face aux comportements transgressifs en leur laissant penser qu'ils ne disposent d'aucun autre outil que l'explication dite bienveillante. Comment gérer un enfant qui mord systématiquement ses camarades si toute forme de sanction éducative non violente est assimilée à de la maltraitance ?


Cette dérive sémantique transforme des professionnels compétents en spectateurs impuissants, contraints de négocier avec des enfants de 2 ans comme s'il s'agissait d'adultes rationnels. L'intention est louable, mais les conséquences pratiques sont désastreuses.


Extrait 6 : référentiel petite enfance
Extrait 6 : référentiel petite enfance

Le référentiel déconseille formellement toute intervention "négative", mais cette approche révèle ses limites face aux comportements dangereux. En cas d'agression d'un enfant envers un autre ou de mise en danger, le "NON" ou un "STOP" ferme et immédiat reste la réponse la plus efficace et appropriée. Bien qu'elle soit "négative" au sens du référentiel, cette intervention ne constitue nullement une maltraitance mais relève de la protection nécessaire.


Contrairement à ce qu'affirme le document, les morsures et coups sont toujours intentionnels, même si leur maîtrise n'est pas encore acquise avant 2 ou 3 ans. L'enfant qui mord pour récupérer un jouet a une intention claire, même s'il ne mesure pas vraiment les conséquences de son geste. Nier cette intentionnalité revient à déresponsabiliser l'enfant et à retarder son apprentissage du vivre-ensemble.


Le référentiel préconise une approche exclusivement verbale : "En cas de comportement dit agressif, le professionnel rappelle calmement à l'enfant la règle et le comportement attendu, interroge et nomme les émotions qu'il peut ressentir, et propose des solutions pour agir autrement."


Cette recommandation, bien qu'intéressante, reste incomplète. S'il est effectivement important de garder son calme, il est tout aussi indispensable d'être ferme et d'associer la parole à une expression corporelle claire : sourcils froncés, regard désapprobateur, posture droite. Les jeunes enfants, dont la compréhension verbale est encore limitée, s'appuient massivement sur le langage non-verbal pour décoder les messages des adultes.


En privilégiant uniquement le "calme", le référentiel prive les professionnels d'un outil éducatif essentiel : la cohérence entre le message verbal et l'expression corporelle. Un "non" prononcé avec le sourire perd toute sa force éducative et peut même déstabiliser l'enfant qui ne comprend plus les limites posées.


Extrait 7 : référentiel petite enfance
Extrait 7 : référentiel petite enfance

Un cadre sans discipline : la contradiction dans le texte


Cet extrait révèle une contradiction qui traverse, selon moi, tout le référentiel. D'un côté, le document affirme que "les professionnels mettent en place un cadre éducatif, composé de règles, de repères et d'interdits". De l'autre, il précise immédiatement que "le cadre n'a pas pour fonction de discipliner l'enfant mais de le sécuriser" et que les professionnels "n'adoptent pas d'approche punitive".


Comment peut-on parler de "cadre éducatif" en évacuant toute dimension disciplinaire ? Un cadre sans conséquence éducative n'est qu'une suggestion. Quand le référentiel demande aux professionnels de "faire régulièrement le compte des interdits formulés" pour "se demander si ces interdits sont réellement légitimes", ne risque-t-on pas de dissoudre toute autorité éducative ?


L'incohérence atteint son paroxysme avec cette recommandation : les professionnels doivent s'interroger si les interdits "répondent aux besoins de l'enfant ou plutôt aux attentes de l'adulte." Mais certaines "attentes de l'adulte" - comme ne pas mordre ses camarades ou ne pas crier - ne sont-elles pas justement des apprentissages sociaux fondamentaux ?


Un peu plus loin il est écrit ceci : "L’expression des émotions ne fait pas l’objet d’interdits : par exemple, la colère peut s’exprimer par des cris, des objets jetés… L’enfant doit pouvoir exprimer cette colère. L’adulte lui propose une façon de l’exprimer sans dégrader le matériel, se blesser ou blesser un autre enfant." Cette phrase est également très contradictoire car avant de proposer une autre façon de s'exprimer en cas de forte colère, il faudra bien stopper fermement l'action potentiellement dangereuse pour ses camarades et lui-même, à minima une première fois. Fermement ne signifie pas avec violence mais avec conviction


En voulant éviter tout "autoritarisme", le référentiel tombe dans l'écueil inverse : un cadre apparemment laxiste, négociable, qui transforme les professionnel(le)s en spectateurs(rices) impuissant(e)s plutôt qu'en éducateurs(rices) structurant(e)s. Comment un enfant de 2 ans peut-il se "sécuriser" dans un environnement où les limites sont régulièrement remises en question ? Cette approche révèle une vision idéalisée de l'enfant qui oublie qu'il a besoin de limites claires pour grandir sereinement en collectivité.


D'autres passages viennent soutenir mon points de vue, mais je ne vais pas tous les citer car l'article serait trop long. Je vous laisse le découvrir et vous faire votre propre avis.


Téléchargez votre guide gratuit "20 techniques pour gérer les comportements difficiles des 2-6 ans" dès maintenant, en cliquant juste ici !

gérer les émotions bébé

Malgré ces critiques : des points positifs à retenir


Il serait injuste de rejeter en bloc ce référentiel qui contient également des recommandations pertinentes et bienvenues :


  • L'encouragement de l'exploration libre : "Le besoin d'expériences et d'exploration du monde permet le développement des compétences motrices, réflexives, expressives et ludiques de l'enfant" - une approche qui respecte le besoin naturel de découverte.

  • Un usage raisonné des objets transitionnels : "L'usage de la tétine n'est pas favorable à l'enfant sur les périodes prolongées de veille" et peut être rangée "en dehors des temps d'endormissement" - un équilibre intelligent entre réconfort et développement.

  • La réflexion sur les aménagements d'espaces : "Les espaces sont aménagés pour permettre cette exploration libre des enfants" et "quand le professionnel est amené à dire trop souvent "non" à l'enfant, il s'interroge alors sur l'aménagement de l'espace" - une approche préventive intelligente. Pas tant pour éviter de poser l'interdit à l'enfant, car il en a besoin, mais pour garantir sa sécurité et éviter l'épuisement professionnel des adultes.

  • La valorisation de l'observation professionnelle : "L'observation approfondit la compréhension de l'enfant et favorise l'empathie avec lui dans ses découvertes" - un outil essentiel trop souvent négligé par manque de temps disponible.

  • L'attention aux stéréotypes de genre : "Les professionnels sont vigilants aux stéréotypes de genre dans le choix de jeux ou déguisements proposés aux filles et aux garçons" - une sensibilisation nécessaire.

  • La sensibilisation au repérage précoce : L'importance accordée au dépistage des troubles du développement constitue un véritable progrès pour l'accompagnement des enfants à besoins spécifiques.


Ces aspects positifs montrent que le référentiel n'est pas à jeter mais à équilibrer avec du pragmatisme éducatif.


Le sujet du sommeil dans le référentiel petite enfance : une copie à revoir entièrement



Le sommeil : quand la bienveillance nuit aux besoins vitaux


Le chapitre sur le sommeil s'ouvre sur trois préconisations qui révèlent une méconnaissance préoccupante des besoins physiologiques de l'enfant. Cette approche suscite une légitime indignation car elle place l'idéologie du "tout-choix" au-dessus des besoins vitaux des tout-petits.


Premier écueil : confondre bienveillance et démission éducative


Certes, les professionnels ne doivent pas "forcer" l'enfant avec des méthodes malveillantes, mais il est de leur devoir fondamental d'assurer un sommeil suffisant et adapté. Les adultes sont responsables de combler les besoins vitaux - sommeil, alimentation, sécurité - que l'enfant ne peut gérer seul. Un enfant de 2 ans qui "préfère jouer" n'est pas conscient de sa fatigue mais peut en souffrir gravement.


Les conséquences de cette négligence sont multiples : difficultés de régulation émotionnelle, perturbation du sommeil nocturne, affaiblissement des défenses immunitaires, ralentissement de la croissance et impact négatif sur le développement cognitif.


Deuxième aberration : la sieste "en salle de vie"


Hormis une courte période d'adaptation, la sieste doit se dérouler dans le dortoir, au calme et dans l'obscurité. Proposer aux enfants de dormir "dans la salle de vie en présence des adultes" relève de l'incohérence pédagogique. Comment préserver un sommeil réparateur dans un environnement bruyant et lumineux ? Cette recommandation pénalise doublement : elle empêche un repos de qualité pour ceux qui dorment et bride l'expression libre de ceux qui jouent. Un adulte peut également être présent dans le dortoir si nécessaire bien sûr.


Troisième impasse : le déni des contraintes organisationnelles


La discussion sur l'apprentissage du sommeil autonome doit se mener en intelligence avec les parents, mais le référentiel ignore les réalités du terrain. Les professionnels ne peuvent pas systématiquement bercer chaque enfant individuellement pendant de longs moments. Dans certains cas, l'apprentissage de l'endormissement autonome constitue même un facteur de confiance en soi et permet à l'enfant de s'adapter sereinement à son mode de garde.


N'oublions pas que certains enfants passent 40 à 50 heures par semaine en structure : il est crucial que les professionnels puissent répondre efficacement à leurs besoins en sommeil sans épuiser leurs ressources humaines.


Cette vision utopique du sommeil "à la carte" révèle une fois de plus le fossé entre les concepteurs du référentiel et la réalité du terrain.


Quatrième erreur : l'éloge aveugle du maternage proximal


Après plusieurs approximations sur le sommeil en général, le référentiel affirme catégoriquement : "Le maternage proximal est le style le plus adapté à l'immaturité et à l'extrême dépendance des nourrissons." Cette généralisation abusive ignore les mécanismes fondamentaux du sommeil et les besoins individuels des enfants.

En aucun cas l'endormissement dans les bras ne constitue la meilleure solution universelle. Quand on connaît la structure du sommeil, on sait parfaitement que certains bébés bercés pour s'endormir deviennent incapables d'enchaîner naturellement leurs cycles de sommeil.


Le mécanisme est simple mais crucial : au moment d'un micro-réveil - phase de somnolence normale entre deux cycles - ces enfants se sentent désorientés de se retrouver allongés dans un lit alors qu'ils s'étaient endormis dans les bras. Cette insécurité les fait basculer dans une boucle de mini-siestes de 30 à 40 minutes maximum, les empêchant d'accéder à un sommeil suffisant et réparateur.


Le résultat ? Une dette de sommeil chronique avec toutes les conséquences évoquées précédemment : difficultés de régulation émotionnelle, impact sur la croissance, affaiblissement immunitaire et troubles du développement cognitif.


En érigeant le maternage proximal en dogme absolu, le référentiel dessert paradoxalement l'intérêt de nombreux enfants qui auraient besoin d'apprendre l'endormissement autonome pour développer un sommeil de qualité.


L'exploration alimentaire : entre découverte nécessaire et apprentissage du cadre


Le référentiel aborde justement l'importance de l'exploration sensorielle : "Les professionnels accompagnent l'enfant pendant le repas dans son exploration : l'enfant touche, goûte, tripote, jette. Le plaisir de manger mobilise les cinq sens." Cette approche respecte effectivement les besoins développementaux du tout-petit.


Distinguer exploration et comportements inadaptés


Cependant, le référentiel amalgame dangereusement exploration légitime et comportements à réguler. Il existe une différence fondamentale entre :

  • L'exploration : toucher les aliments, les écraser entre ses doigts, manger avec les mains, mélanger les textures pour découvrir

  • Le comportement dysfonctionnel : jeter systématiquement la nourriture par terre, cracher, renverser volontairement son assiette

Quand un enfant de 18 mois jette systématiquement son repas au sol, il ne s'agit plus d'exploration mais d'un comportement à faire cesser rapidement par un cadre bienveillant mais ferme. Laisser faire sous prétexte d'exploration crée une confusion dommageable pour l'enfant.


L'apprentissage progressif des codes sociaux


L'affirmation selon laquelle les enfants sont "trop jeunes pour comprendre" le respect de la nourriture révèle une méconnaissance du développement. Dès 12-18 mois environ, l'enfant peut intégrer des consignes simples : on mange dans l'assiette, et on ne jette pas la nourriture.

Ces apprentissages précoces sont cruciaux car ils posent les bases du comportement alimentaire futur. Comment expliquer à un enfant de 4-5 ans qu'il doit soudainement respecter de nouvelles règles s'il n'a jamais eu de cadre ? Cette transition brutale génère incompréhension et résistance.

L'exploration alimentaire doit donc être cadrée intelligemment : encourager la découverte sensorielle tout en posant des limites claires sur les comportements acceptables. C'est cette subtilité éducative que le référentiel peine à saisir, préférant l'opposition stérile entre liberté totale et interdiction.


Le change, la pudeur et l'exploration corporelle : un chapitre équilibré malgré la controverse


Cette section du référentiel, bien qu'elle fasse débat, présente en réalité une approche équilibrée et nécessaire. Contrairement aux autres chapitres critiqués précédemment, celui-ci parvient à concilier respect du développement naturel de l'enfant et apprentissage des codes sociaux.


Une position nuancée et réaliste


Le référentiel précise justement que les enfants peuvent "toucher toutes les parties de son corps mais que pour celles plus sensibles, il est préférable de le faire lorsqu'il est seul." Cette approche évite deux écueils : la répression culpabilisante d'un comportement naturel et l'absence totale de cadre social.

Cette distinction entre exploration normale et contexte approprié constitue un apprentissage fondamental. Même à 18 mois ou 2 ans, l'enfant peut comprendre la notion d'intimité à travers des messages simples et bienveillants. En expliquant que certains gestes se font "quand on est seul", les professionnels posent les bases du respect de soi et des autres.


Un outil de prévention indispensable


Cette approche revêt une dimension préventive cruciale contre les abus sexuels, dont 1 enfant serait victime toutes les 3 minutes en France. En apprenant aux enfants que leur corps leur appartient et qu'ils peuvent décider qui les touche, on leur donne les clés pour identifier et signaler d'éventuelles situations inappropriées.

Le référentiel mentionne d'ailleurs la vigilance nécessaire face à une activité masturbatoire "excessive" ou "accompagnée d'un discours sexuel d'adulte", signaux d'alerte potentiels d'agression sexuelle.


Une cohérence pédagogique rare


Contrairement aux chapitres sur les émotions ou le sommeil, cette section réussit à équilibrer :

  • Respect du développement naturel de l'enfant

  • Apprentissage progressif des codes sociaux

  • Protection contre les abus

  • Soutien aux professionnels dans leurs questionnements


Cette approche démontre qu'il est possible de créer un cadre bienveillant sans tomber dans le laxisme éducatif. Elle prouve que l'accompagnement respectueux de l'enfant n'exclut pas la transmission de repères sociaux structurants. Paradoxalement, c'est sur ce sujet délicat que le référentiel trouve son meilleur équilibre pédagogique, même si le chapitre manque, une fois de plus, d'outils concrets.


Conclusion


Ici je n'aborde pas la seconde partie du référentiel sur la relation aux parents, mais ce thème pourra faire l'objet d'un second article. Je suis d'ailleurs curieuse d'avoir vos avis et vos remarques sur les deux parties du référentiel petite enfance. Partagez nous vos ressentis en commentaire et pensez à cliquer sur le ❤️ si l'article vous a plu !

Commentaires


logo.png

Formation sur le sommeil des enfants de 0 à 5 ans pour professionnels de la petite enfance. Découvrez nos modules dédiés à l'accompagnement des tout-petits en crèche et collectivité : compréhension des besoins en sommeil, aménagement des espaces de repos et réponses aux questions fréquentes des parents. Optimisez vos pratiques grâce à des outils concrets et une expertise reconnue. Rejoignez nos formations certifiantes et améliorez la qualité de vie des enfants et des familles.

Liens utiles

Informations

Mentions légales

​

Politique de confidentialités

Me suivre

  • Instagram
  • LinkedIn

Merci pour votre inscription !

© 2025 Marianne Bertrel

bottom of page